Questions difficiles

Islam, violence et jihad : que disent réellement les textes ?

Le jihad signifie-t-il violence ? Analyse des versets de guerre, du jihad défensif et offensif, des civils, du terrorisme et du droit islamique classique.

Branche d'olivier posée sur un médaillon doré

Réponse directe : le mot jihad signifie effort ou lutte dans la voie de Dieu et peut désigner une lutte morale, intellectuelle, sociale ou armée. Dans le droit islamique classique, il désigne souvent aussi la guerre autorisée par une autorité politique. Le Coran contient des appels à la patience et à la paix, mais également des ordres de combattre dans des contextes précis. L’islam n’enseigne ni un pacifisme absolu ni une violence sans limite. Ses textes ont produit des doctrines défensives, des doctrines d’expansion et des règles de protection, toutes discutées aujourd’hui.

Répondre « jihad signifie seulement combat intérieur » est historiquement faux. Répondre « tout musulman doit tuer les non-musulmans » est textuellement et historiquement faux. Il faut examiner vocabulaire, chronologie, adversaires, traités et droit de la guerre.

1. Que signifie le mot jihad ?

La racine arabe renvoie à l’effort intense. Dans le Coran, lutter avec ses biens, sa personne ou la parole peut relever du jihad. Selon le contexte, le terme englobe :

  • résister à ses passions et à l’injustice ;
  • défendre une vérité par l’argument ;
  • soutenir matériellement une cause ;
  • endurer la persécution ;
  • participer à un combat armé.

Le mot qital désigne plus directement le fait de combattre ou tuer dans une guerre. La distinction est utile, mais elle ne permet pas d’exclure l’usage militaire de jihad.

Une parole populaire oppose le « petit jihad » militaire au « grand jihad » intérieur. Le sens spirituel possède de nombreuses bases générales, mais le récit précis du retour du combat vers le « grand jihad » est souvent jugé faible par les spécialistes du hadith. Il ne faut pas le présenter comme la preuve centrale.

2. Comment le passage de La Mecque à Médine change-t-il les textes ?

Selon la chronologie traditionnelle, les premiers musulmans de La Mecque subissent moqueries, boycott et persécution sans recevoir l’ordre de combattre. Après l’émigration à Médine, ils deviennent une communauté politique confrontée à des ennemis armés, des alliances et des trahisons.

Coran 22:39-40 est souvent lu comme une première permission de combattre donnée à ceux qui ont été lésés et expulsés. Le passage mentionne aussi la protection de monastères, églises, synagogues et mosquées où le nom de Dieu est invoqué.

Coran 2:190 ordonne de combattre ceux qui combattent les croyants sans transgresser. Les versets suivants évoquent expulsion, persécution et sanctuaire. La lecture défensive s’appuie fortement sur ce cadre.

D’autres passages médinois vont plus loin et traitent d’ennemis, de traités, de tributs ou d’une domination politique. Les réduire tous à une unique bataille défensive simplifie trop le corpus.

3. Que signifie « tuez-les où que vous les rencontriez » ?

Des fragments de Coran 2:191 ou 4:89 sont souvent isolés. Leur sens dépend des pronoms : qui sont « ils », quelle rupture a précédé et quelles exceptions suivent ?

Dans Coran 2, le passage parle d’adversaires qui combattent, expulsent et empêchent l’accès au sanctuaire. Il ordonne également de cesser si l’ennemi cesse et de ne pas combattre dans le sanctuaire sauf attaque.

Cela ne transforme pas le verset en slogan pacifiste : il autorise une violence létale en guerre. Mais il ne donne pas une permission générale de tuer une personne simplement parce qu’elle n’est pas musulmane.

Une citation responsable doit inclure au minimum l’adversaire visé, les versets adjacents et la situation historique proposée par les commentateurs.

4. La sourate 9:5 est-elle un « verset du sabre » contre tous les polythéistes ?

Coran 9:5 ordonne, après l’expiration de mois sacrés, de combattre des polythéistes. Le début de la sourate annonce la rupture de certains pactes. Coran 9:4 excepte ceux qui ont respecté leur traité ; Coran 9:6 exige d’accorder protection puis passage sûr au polythéiste qui demande à entendre la parole de Dieu.

De nombreux exégètes relient donc le verset à des groupes arabes ayant violé leurs engagements. Certains juristes classiques lui ont donné une portée plus générale et ont parlé d’abrogation de versets de patience ou de trêve. D’autres ont limité cette abrogation ou l’ont refusée.

Deux erreurs sont à éviter :

  • prétendre que le contexte n’a aucune importance et que chaque polythéiste est une cible ;
  • prétendre qu’aucun juriste n’a jamais lu le passage comme fondement d’un combat offensif.

Le débat historique existe et doit être exposé.

5. Que faire de Coran 9:29 sur les gens du Livre et la jizya ?

Le verset ordonne de combattre certains gens du Livre jusqu’au paiement de la jizya. Le droit classique l’a utilisé pour organiser la soumission politique de communautés juives, chrétiennes et parfois autres sous gouvernement musulman.

La jizya est généralement décrite comme un impôt de capitation associé à la protection et à l’exemption du service militaire, tandis que les musulmans paient d’autres contributions comme la zakat. Dans la pratique historique, son montant, ses exemptions et son caractère humiliant ont varié.

Les juristes prémodernes ont souvent intégré ce verset à une doctrine d’expansion impériale. Des auteurs contemporains le relisent dans le contexte byzantin, considèrent que les États-nations et la citoyenneté égale ont remplacé le système ou maintiennent une forme de doctrine classique.

Un article honnête ne peut donc affirmer que tout jihad armé a toujours été strictement défensif. Il peut montrer que la guerre offensive classique n’équivaut pas à une violence privée et permanente de chaque musulman contre chaque voisin.

6. Le droit classique divisait-il le monde en deux camps permanents ?

Des juristes ont employé les catégories dar al-islam et dar al-harb, territoire de l’islam et territoire de la guerre. D’autres catégories ont existé : territoire de traité, de sécurité ou de trêve. Les définitions variaient selon la sécurité, la souveraineté et l’application du droit.

Ces catégories sont des constructions juridiques, non des expressions coraniques littérales. Elles reflètent un monde d’empires où la guerre et la diplomatie fonctionnaient autrement que dans l’ordre international contemporain.

Aujourd’hui, de nombreux juristes considèrent les pays liés par traités, citoyenneté ou visas comme des espaces de pacte et de sécurité. Un musulman qui entre dans un pays ou en possède la citoyenneté est tenu par ses engagements et ne peut trahir la sécurité accordée.

7. Quelles limites la tradition impose-t-elle à la guerre ?

Les sources et le fiqh développent des règles concernant :

  • distinction entre combattants et personnes ne participant pas aux hostilités ;
  • interdiction de tuer volontairement femmes et enfants dans plusieurs hadiths ;
  • respect des pactes et émissaires ;
  • traitement des captifs ;
  • limitation de la destruction sans nécessité ;
  • interdiction de la mutilation ;
  • possibilité de trêve et d’aman, garantie de sécurité.

Les juristes ont débattu du statut des moines, vieillards, paysans, artisans ou personnes soutenant indirectement l’effort de guerre. Les catégories prémodernes ne se superposent pas parfaitement au terme moderne « civil ».

L’existence de règles ne prouve pas qu’elles ont toujours été respectées. Les empires musulmans, comme d’autres puissances, ont commis massacres, esclavage et destructions. Une norme doit être distinguée de l’histoire de ses violations.

8. Le terrorisme contre des civils peut-il être appelé jihad ?

Des groupes armés utilisent le vocabulaire islamique, citent des textes et produisent des justifications juridiques. Dire qu’ils n’ont « absolument rien à voir avec l’islam » évite d’examiner leur propagande. Mais leur usage d’une source ne rend pas leur lecture correcte.

Les attaques délibérées contre des personnes qui ne participent pas aux hostilités, les enlèvements indiscriminés et la terreur collective contredisent les principes de distinction, de pacte et de proportion défendus par de nombreux juristes contemporains ainsi que le droit international humanitaire.

Une réfutation sérieuse doit montrer :

  • les versets tronqués ;
  • l’absence d’autorité légitime revendiquée ;
  • la violation des pactes ;
  • l’élargissement arbitraire de la catégorie de combattant ;
  • le takfir, accusation d’apostasie, utilisé pour rendre licite le sang de musulmans ;
  • le mépris des conséquences prévisibles pour les innocents.

Questions fréquentes

L’expression européenne « guerre sainte » ne traduit pas tous les usages de jihad. Le terme est plus large, mais le droit classique l’emploie effectivement pour le combat religieux autorisé. La traduction doit dépendre du contexte.