Jésus, christianisme & islam

Marie dans l’islam : pourquoi le Coran lui accorde-t-il une place unique ?

Découvrez Marie dans l’islam : son élection, la naissance virginale de Jésus, la sourate Maryam et les différences avec les doctrines chrétiennes.

Lys blanc devant un mihrab doré

Réponse directe : l’islam honore Marie comme une femme choisie, purifiée, véridique et entièrement consacrée à Dieu. Le Coran affirme la conception virginale de Jésus et consacre à Marie un récit développé dans la sourate 19, qui porte son nom. Il ne la considère toutefois ni comme divine ni comme « mère de Dieu », car Jésus n’est pas Dieu dans l’islam. Marie devient ainsi un pont réel entre musulmans et chrétiens, mais pas une preuve que leurs doctrines sont identiques.

Marie — Maryam en arabe — est la seule femme appelée explicitement par son nom personnel dans le Coran. D’autres femmes y apparaissent par leur rôle ou leur relation familiale. Cette singularité n’autorise pas à inventer des classements, mais elle montre l’importance narrative et théologique de Marie.

1. Que raconte le Coran sur la naissance et l’enfance de Marie ?

La sourate 3 présente la femme d’Imran consacrant à Dieu l’enfant qu’elle porte. Elle s’attend à un garçon destiné au service du sanctuaire, mais donne naissance à une fille, Marie. Dieu l’accueille favorablement et la fait grandir d’une belle manière sous la garde de Zacharie.

Zacharie trouve auprès d’elle une provision et lui demande d’où elle vient. Marie répond qu’elle vient de Dieu, qui accorde sans compter. Le récit associe ainsi Marie à la confiance, à la consécration et à la providence.

Le Coran ne reprend pas tous les détails des traditions chrétiennes postérieures sur sa présentation au Temple. Il offre sa propre narration, parfois en dialogue avec des traditions juives et chrétiennes de l’Antiquité tardive.

2. Que signifie « Dieu t’a choisie et purifiée » ?

Coran 3:42 rapporte l’annonce des anges : Dieu a choisi Marie, l’a purifiée et l’a choisie au-dessus des femmes des mondes. Les exégètes discutent de la portée exacte de cette supériorité — femmes de son époque ou portée plus générale — mais tous reconnaissent un honneur exceptionnel.

La purification ne doit pas être automatiquement identifiée à la doctrine catholique de l’Immaculée Conception. Cette doctrine affirme que Marie a été préservée du péché originel dès sa conception par une grâce liée au Christ. L’islam ne possède pas le même concept de péché originel ; le vocabulaire coranique fonctionne donc dans un autre cadre.

3. Les musulmans croient-ils à la conception virginale ?

Oui. Dans les sourates 3 et 19, un messager angélique annonce à Marie un fils alors qu’aucun homme ne l’a touchée. Dieu crée Jésus par son ordre, de même qu’il a créé Adam sans père ni mère selon Coran 3:59.

La naissance sans père est un miracle et un signe, mais elle ne rend pas Jésus divin. L’argument coranique est précisément que la création extraordinaire manifeste la puissance du Créateur. Adam serait autrement encore plus susceptible d’être divin, ce que ni chrétiens ni musulmans n’affirment.

4. Comment la sourate Maryam raconte-t-elle l’accouchement ?

Marie se retire avec l’enfant conçu miraculeusement. Les douleurs de l’accouchement la conduisent auprès du tronc d’un palmier. Dans sa détresse, elle reçoit consolation, eau et nourriture. Elle revient ensuite vers son peuple en portant le nouveau-né.

Accusée d’une chose terrible, elle désigne l’enfant. Jésus parle au berceau et se présente comme serviteur de Dieu, recevant le Livre et la prophétie. Le miracle défend l’honneur de Marie et définit immédiatement l’identité de Jésus dans la théologie coranique : serviteur et prophète.

Ce récit diffère des récits de Matthieu et Luc. Il ne doit pas être artificiellement harmonisé avec la crèche, les bergers ou les mages ; chaque texte poursuit une intention narrative propre.

5. Marie est-elle « mère de Dieu » pour les chrétiens ?

Le concile d’Éphèse en 431 a défendu le titre grec Theotokos, souvent traduit « Mère de Dieu » ou « celle qui enfante Dieu ». Le christianisme orthodoxe ne veut pas dire que Marie est l’origine de la nature divine ou qu’elle existait avant Dieu. Le titre protège l’unité de la personne de Jésus : celui qu’elle enfante est, selon la foi chrétienne, le Fils divin incarné.

L’islam rejette ce titre parce qu’il rejette son présupposé christologique. Marie est la mère humaine de Jésus le Messie, non la mère d’une personne divine. La critique musulmane doit viser cette doctrine réelle, pas la caricature selon laquelle les chrétiens croiraient que Marie a créé Dieu.

6. Le Coran accuse-t-il les chrétiens d’inclure Marie dans la Trinité ?

Coran 5:116 met en scène Dieu demandant à Jésus s’il a dit aux gens de le prendre, lui et sa mère, comme deux divinités en dehors de Dieu. Jésus nie et affirme n’avoir enseigné que l’adoration de Dieu.

Le verset condamne clairement la divinisation ou l’adoration de Jésus et Marie. Il ne formule pas explicitement « la Trinité est le Père, Jésus et Marie ». Des chercheurs débattent de la cible historique : dévotions excessives, rhétorique coranique, groupes particuliers ou critique générale de l’association.

Une présentation rigoureuse dira donc que le Coran refuse toute élévation cultuelle de Marie, sans prétendre que le symbole nicéen officiel la compte parmi les trois personnes.

7. Les musulmans prient-ils Marie ?

Non. La prière d’adoration et l’appel ultime à l’invisible sont adressés à Dieu seul. Marie est aimée, citée comme modèle et défendue contre la calomnie, mais elle n’est pas médiatrice divine.

Certaines pratiques chrétiennes distinguent adoration due à Dieu et vénération accordée aux saints, avec une vénération particulière pour Marie. Les musulmans considèrent généralement que l’invocation de figures absentes ou décédées menace l’exclusivité de l’adoration, même si le chrétien ne les qualifie pas de dieux.

La discussion doit porter sur la pratique réelle et ses intentions, sans accuser automatiquement chaque chrétien de polythéisme conscient.

8. Marie est-elle un modèle seulement pour les femmes ?

Non. Le Coran la cite avec la femme de Pharaon comme exemple pour les croyants, hommes et femmes. Ses qualités sont universelles : confiance, chasteté, courage, patience sous l’accusation et fidélité à Dieu.

Son récit peut parler particulièrement aux femmes confrontées à la suspicion sociale, mais il ne les enferme pas dans un rôle unique. Il présente aussi une femme recevant directement une annonce angélique, argumentant, questionnant et traversant seule une épreuve décisive.

Questions fréquentes

Coran 19:28 l’appelle « sœur d’Aaron ». Les explications musulmanes y voient notamment une appartenance à une lignée, une comparaison avec un homme pieux ou un usage de parenté ancien, non une confusion nécessaire avec Myriam, sœur de Moïse. La question doit être étudiée avec les usages sémitiques et les commentaires anciens.