Croire en Dieu

Qui a créé Dieu ? Une réponse philosophique sans esquiver la question

Qui a créé Dieu ? Comprenez pourquoi le théisme ne dit pas que tout a une cause, mais qu’un être contingent exige une explication.

Boucle dorée infinie sur fond crème, symbole de causalité

Réponse directe : dans le théisme classique, personne n’a créé Dieu, car Dieu n’est pas défini comme un être qui commence à exister ou dépend d’autre chose. Il est proposé comme la réalité nécessaire qui explique l’existence des réalités contingentes. Demander « qui a créé Dieu ? » revient donc à demander quelle cause possède une réalité dont la définition même est de ne pas être causée. La vraie question est de savoir si une telle réalité nécessaire existe.

La question est légitime. Elle apparaît souvent dès qu’un croyant affirme : « L’univers a besoin d’un créateur. » Si tout doit avoir une cause, Dieu devrait lui aussi en avoir une. Le problème vient cependant de la première phrase : les arguments philosophiques sérieux ne disent pas que tout a une cause.

Ils distinguent ce qui existe par dépendance de ce qui existe nécessairement.

1. « Tout a une cause » n’est pas l’argument théiste

Une formulation plus précise est :

  • ce qui commence à exister requiert une cause ; ou
  • ce qui est contingent, c’est-à-dire ce qui aurait pu ne pas exister, requiert une explication.

Un arbre dépend d’une graine, d’un milieu et de processus biologiques. Une étoile dépend de conditions physiques. Un être humain dépend d’une longue chaîne de causes. Ces réalités ne contiennent pas en elles-mêmes la raison complète de leur existence.

Dieu, dans la théologie islamique, n’est pas présenté comme le premier objet apparu avant les autres. Il est l’être qui ne commence pas, ne finit pas et ne dépend de rien. Le Coran le décrit comme « l’Absolu dont toute chose dépend » et affirme qu’il n’a pas été engendré (Coran 112:2-3).

On peut contester l’existence d’un tel être. Mais le traiter comme une créature matérielle revient à changer la définition examinée.

2. Qu’est-ce qu’un être nécessaire ?

Un être nécessaire est une réalité qui ne peut pas ne pas exister et dont l’existence ne provient pas d’une cause extérieure. Cette idée ne signifie pas simplement « quelque chose de très ancien ». Une réalité peut être éternelle dans le temps tout en dépendant d’un système plus fondamental.

Par exemple, imaginons une chaîne de lampes qui reçoivent toutes leur courant d’une autre lampe. Même si la chaîne n’avait pas de premier maillon temporel, elle n’expliquerait pas la présence d’électricité. Il faudrait une source qui possède le pouvoir d’alimenter la chaîne autrement que par simple transmission.

L’analogie est limitée, mais elle montre la différence entre :

  • une série de dépendances ;
  • un fondement qui ne reçoit pas ce qu’il donne.

Le théisme identifie ce fondement à Dieu. La philosophie doit ensuite examiner si ce fondement peut être unique, immatériel, intemporel ou éternel, puissant et intelligent.

3. Pourquoi ne pas dire que l’univers est nécessaire ?

C’est une option philosophique possible. Un athée peut soutenir que l’univers — ou une réalité physique plus fondamentale — existe nécessairement. Le débat ne se termine donc pas par un jeu de mots.

Plusieurs questions se posent alors :

  • Les lois physiques connues semblent-elles nécessaires ou auraient-elles pu être différentes ?
  • Pourquoi existe-t-il ce système physique plutôt qu’aucun système ?
  • Une réalité composée, changeante et décrite par des paramètres peut-elle constituer l’explication ultime de sa propre existence ?
  • Le concept de matière possède-t-il en lui-même une nécessité logique comparable à celle d’une vérité mathématique ?

Le croyant considère que l’univers manifeste la contingence : il change, ses états sont déterminés par des conditions et ses composants ne paraissent pas porter en eux la raison de leur existence. Il en conclut qu’un fondement non physique est une meilleure explication.

Le non-croyant peut répondre que cette conclusion dépasse ce que nous pouvons connaître. Le désaccord porte donc sur l’explication ultime, pas sur une ignorance scientifique particulière.

4. Une régression infinie de créateurs résout-elle le problème ?

Supposons que Dieu ait été créé par un dieu supérieur, lui-même créé par un autre, et ainsi de suite. Cette série ne fournirait jamais une explication indépendante : chaque membre recevrait son existence d’un autre.

Une régression infinie temporelle est discutée en cosmologie et en philosophie. Mais l’argument de dépendance ne repose pas uniquement sur l’existence d’un premier moment. Même une série infinie de réalités dérivées resterait dérivée. Elle n’expliquerait pas pourquoi la série existe et possède un pouvoir causal.

C’est pourquoi la « cause première » est mieux comprise comme cause fondamentale que comme premier événement d’une chronologie.

5. Dieu est-il une exception inventée pour sauver l’argument ?

Ce serait une exception arbitraire si le croyant disait : « Toutes les choses sans distinction ont besoin d’une cause, sauf la chose que j’appelle Dieu. » Mais ce n’est pas la structure de l’argument.

La distinction proposée est générale :

  • toute réalité contingente demande une explication ;
  • une réalité nécessaire n’en demande pas une extérieure.

Si un philosophe démontrait que l’univers est nécessaire, il pourrait occuper ce rôle sans exception. Le théiste soutient plutôt que les propriétés du cosmos ne correspondent pas à cette nécessité et que le fondement ultime doit transcender l’espace, le temps et la matière.

La discussion doit donc porter sur les propriétés du candidat à l’explication ultime.

6. Dieu « avant » la création : le mot avant a-t-il un sens ?

Le temps fait partie de l’univers physique tel que nous l’expérimentons. Si le temps lui-même dépend de la création, demander ce que Dieu faisait « avant » peut être trompeur. Le mot « avant » suppose déjà une succession temporelle.

Deux modèles théologiques sont couramment envisagés :

  • Dieu est intemporel sans création et entre dans une relation temporelle avec un univers créé ;
  • Dieu possède une éternité qui ne se réduit pas à notre succession de moments.

L’islam ne demande pas au croyant de connaître le mécanisme métaphysique du rapport entre Dieu et le temps. Il affirme surtout que Dieu n’est pas soumis aux limites temporelles de ses créatures. Le verset « Il est le Premier et le Dernier » (Coran 57:3) exprime cette indépendance.

7. Pourquoi l’idée islamique de Dieu répond-elle particulièrement bien à la question ?

Le tawhid refuse de concevoir Dieu comme un être biologique, un ancêtre divin ou une personne issue d’une génération. La sourate 112 condense cette conception : Dieu est un, absolu, n’engendre pas, n’est pas engendré et rien ne lui est comparable.

Cette définition évite plusieurs confusions :

  • Dieu n’est pas un humain agrandi ;
  • Dieu ne possède pas de parents ;
  • Dieu ne dépend pas d’une matière préexistante ;
  • Dieu n’est pas composé de parties qui devraient être assemblées ;
  • Dieu n’appartient pas à une espèce de dieux.

La question « qui a créé Dieu ? » est donc utile : elle oblige à abandonner une image matérielle de Dieu et à examiner le concept plus exigeant d’une réalité nécessaire.

8. Une réponse courte suffit-elle pour convaincre ?

Dire « Dieu est incréé » répond à la cohérence interne de la doctrine, mais ne prouve pas qu’il existe. La démarche intellectuelle complète doit encore établir :

  1. que les réalités contingentes requièrent une explication ;
  2. qu’une explication purement contingente ne suffit pas ;
  3. qu’un fondement nécessaire est possible ;
  4. que ses propriétés s’accordent mieux avec Dieu qu’avec une réalité physique impersonnelle ;
  5. qu’une révélation particulière peut raisonnablement lui être attribuée.

Une apologétique crédible ne doit pas transformer une définition en démonstration. Elle doit reconnaître l’étape qui reste à argumenter.

Conclusion

Personne n’a créé Dieu selon l’islam, non parce qu’une règle aurait été suspendue en sa faveur, mais parce que la règle concerne ce qui commence ou dépend. Dieu est précisément proposé comme l’explication non dérivée de toute réalité dérivée.

Le défi intellectuel n’est donc pas : « Quel artisan a fabriqué Dieu ? » Il est : « L’existence d’un être nécessaire explique-t-elle mieux la réalité qu’un univers accepté comme fait brut ? » Cette question mérite un débat philosophique, pas une caricature de part et d’autre.

Questions fréquentes

Oui, si un être nécessaire est logiquement possible. Une cause est requise pour ce qui commence ou dépend, pas pour une réalité dont l’existence est non dérivée. Le débat porte sur l’existence réelle d’un tel être.